À l’occasion du lancement réussi depuis la Guyane le 9 juillet 2025, la France place en orbite à la fois un satellite d’observation de la Terre pour le climat et une constellation d’imagerie 3D haute résolution. Une double prouesse technologique, portée par le CNES et Airbus, qui marque une étape stratégique pour l’autonomie spatiale européenne.
Le 9 juillet 2025, un lanceur Vega C a mis en orbite le satellite MicroCarb et les quatre satellites de la constellation CO3D. Pour le CNES et ses partenaires industriels, cette opération marque un tournant : conjuguer observation du climat et cartographie 3D de la Terre, dans une logique de complémentarité technologique et d’indépendance européenne.
Deux charges utiles, deux missions, un seul tir
L’opération, qualifiée de « succès complet » par le CNES, a permis de déployer deux programmes distincts mais cohérents : MicroCarb, dédié à la mesure du dioxyde de carbone atmosphérique, et CO3D, une constellation d’imagerie stéréoscopique de très haute résolution.
MicroCarb, fruit d’une coopération entre le CNES et le CNRS, est le premier satellite européen conçu spécifiquement pour la cartographie du CO₂ à l’échelle planétaire. Placé sur une orbite héliosynchrone à environ 650 kilomètres d’altitude, il utilise un spectromètre infrarouge pour détecter les concentrations de gaz à effet de serre avec une précision jamais atteinte pour une mission nationale.
La constellation CO3D (Constellation Optique en 3D) repose quant à elle sur quatre satellites identiques développés par Airbus Defence and Space, avec le CNES comme autorité de mission. Objectif : produire des modèles numériques de surface de la Terre en trois dimensions, avec une résolution spatiale d’environ 50 centimètres. Un jalon technologique et industriel qui vient renforcer les capacités françaises en observation optique.
MicroCarb : un satellite au service du climat
Le satellite MicroCarb, d’une masse d’environ 170 kg, est équipé d’un spectromètre dispersif haute résolution fonctionnant dans le proche infrarouge. Il a pour mission de mesurer les flux de CO₂ — émissions et absorptions — à la surface de la planète, en s’appuyant sur la lumière solaire réfléchie par l’atmosphère et la surface terrestre.
Son originalité réside dans sa capacité à capter à la fois la concentration de dioxyde de carbone et la pression atmosphérique associée, en combinant plusieurs bandes spectrales. Cette finesse d’analyse permettra de mieux comprendre le cycle du carbone et les échanges entre atmosphère, océan et biosphère. Les données de MicroCarb viendront alimenter les modèles climatiques du GIEC, tout en offrant une indépendance européenne dans un domaine jusqu’ici dominé par les missions américaines (comme OCO-2 de la NASA).
CO3D : la Terre en 3D à haute fréquence
Le système CO3D s’appuie sur quatre satellites identiques de 300 kg chacun, placés sur une orbite quasi-héliosynchrone pour une couverture mondiale accélérée. Conçus à Toulouse, les engins utilisent un capteur optique stéréoscopique qui observe chaque zone du globe sous deux angles différents, permettant la génération automatique de cartes en relief à haute précision.
L’ensemble est soutenu par la plateforme logicielle Pléiades Neo, développée également par Airbus, qui permet d’exploiter les images de CO3D en quasi temps réel pour des usages civils comme militaires. Le CNES prévoit une phase de recette technique sur quelques mois, avant d’ouvrir l’accès aux données à la communauté scientifique et à des partenaires institutionnels. Le volume de données attendu est de plusieurs téraoctets par jour.
Le plus grand parachute jamais construit pour sécuriser LE projet européen interplanétaire
Un lanceur européen qui monte en puissance
Le lancement du 9 juillet était aussi une étape cruciale pour le lanceur Vega C, opéré par Arianespace. Il s’agissait du second vol réussi du nouveau lanceur italien, après une série de contretemps techniques survenus depuis son introduction. Avec une capacité d’emport améliorée (jusqu’à 2 300 kg en orbite héliosynchrone), Vega C permet désormais à l’Europe de sécuriser l’accès à l’espace pour des missions de petite à moyenne taille, en complément d’Ariane 6.
Le tir démontre la maturité de cette filière, notamment dans les configurations de mise en orbite multiple. L’injection simultanée de MicroCarb et des quatre CO3D a nécessité une séquence complexe, conduite depuis le Centre Spatial Guyanais. Une réussite opérationnelle qui valide les choix techniques et conforte la coopération entre le CNES, Arianespace, et AVIO, le constructeur italien du lanceur.
Un modèle coopératif européen en orbite
Au-delà de la prouesse technologique, cette double mise en orbite illustre le modèle de coopération européen dans le spatial. Le CNES, en tant qu’agence nationale, pilote des missions d’intérêt global avec des partenaires industriels majeurs comme Airbus, Thales Alenia Space ou Sodern (qui fournit les capteurs stellaires). Le CNRS, pour sa part, assure la validation scientifique et l’exploitation des données de MicroCarb.
Ces missions s’inscrivent dans la stratégie de souveraineté technologique portée par la France et l’Europe, face à la domination américaine et chinoise sur l’observation spatiale. En combinant excellence scientifique et indépendance opérationnelle, elles tracent la voie d’une Europe spatiale plus résiliente et ambitieuse.
En résumé :
- Le 9 juillet 2025, le lanceur Vega C a mis en orbite avec succès le satellite MicroCarb et les quatre satellites de la constellation CO3D.
- MicroCarb, développé par le CNES et le CNRS, est le premier satellite européen dédié à la mesure fine du dioxyde de carbone atmosphérique.
- Doté d’un spectromètre infrarouge, MicroCarb cartographie les flux de CO₂ à 650 km d’altitude avec une précision inédite, au service des modèles climatiques.
- La constellation CO3D, conçue par Airbus pour le CNES, vise à générer des cartes 3D de la surface terrestre avec une résolution de 50 cm.
- Chaque satellite CO3D pèse 300 kg et capture les reliefs en stéréoscopie pour des applications scientifiques, civiles et stratégiques.
- Le lanceur Vega C confirme sa fiabilité avec une mise en orbite multiple réussie, renforçant l’autonomie d’accès à l’espace de l’Europe.
- Cette mission incarne le modèle de coopération franco-européen entre agences, centres de recherche et industriels de pointe.
