Marie-Thérèse Charlotte de France, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, connue sous le nom de Madame Royale, sera contrainte à l’exil à la suite de l’exécution de ses parents et l’emprisonnement de son frère à la prison du Temple.
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Une enfance royale
Marie-Thérèse est le premier enfant du couple de souverains qui fut ardemment attendu par ses parents, mais également par une nation toute entière. Ce 19 décembre 1778, Marie-Antoinette accouche devant un parterre de gens comme le veut la tradition afin d’éviter tout débat quant à la légitimité de l’enfant à prétendre au trône de France, car l’on craint la substitution. L’accouchement de la reine est difficile et lorsque le roi parait, celle-ci fait une syncope tant la chaleur est étouffante dans la pièce. Le roi et la reine sont au comble du bonheur et ce malgré le fait que ce soit une fille, puisqu’elle ne prétendre à la succession de son père, mais qu’importe, souverains oui, mais parents indubitablement. La jeune enfant va grandir sous les yeux de la cour et des sujets de ses majestés aidée en cela par 80 personnes dédiées à son être au premier rang desquelles Madame de Polignac, meilleure amie de la reine. Marie-Thérèse est une élève appliquée et c’est sa mère qui va s’occuper d’elle, s’autorisant ainsi à être mère, chose rarissime à la cour de France. Le roi en fera de même et ne manquera aucune occasion de passer du temps avec sa fille. Elle est profondément aimée de ses deux parents qui lui offrent un cadre de vie extraordinaire. Toutefois, Madame Royale montre rapidement un caractère bien trempé et c’est la reine elle-même qui lui posera des limites, car l’enfant ne recherche pas à plaire et l’impertinence n’est pas très loin. Marie-Antoinette va alors trouver une parade contre l’orgueil et l’égo toujours aussi grandissants de sa fille en décidant qu’une jeune fille prénommée Marie-Philippine dite Ernestine, de rang social inférieur à celui de sa fille, va être élevée avec cette dernière. Dès lors, Madame Royale va devoir tout partager avec sa petite camarade. Aucune différence ne sera faite entre les deux enfants.
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Le départ de Versailles pour le Palais des Tuileries
Lorsque les états généraux se réunissent, Marie-Thérèse a un tout petit peu plus de dix ans, mais comprend que de grands bouleversements sont en train de se produire. Celle qui a eu jusqu’ici une vie particulièrement préservée va alors affronter de grandes tragédies au premier rang desquelles, elle voit mourir son jeune frère, Louis-Joseph d’une leucémie osseuse, qu’elle et la famille royale ont accompagné jusqu’à son dernier souffle. La légèreté et l’insouciance la quitteront définitivement à la Révolution. Celle-ci commence en juillet 1789, est la jeune demoiselle qui n’en perçoit naturellement pas les enjeux comprend toutefois que quelque chose d’important est en train de se produire. Madame de Polignac, sa gouvernante est alors remplacée par Madame de Tourzel. Le 5 octobre 1789, le peuple marche sur Versailles, et dans la nuit le palais royal est envahie. Les gardes vont être tués les uns après les autres, et c’est la panique que la reine va fuir avec ses enfants par un passage dérobé, pour tenter de trouver refuge dans les appartements du roi. La fureur du peuple s’exprime et la présence de la reine est alors requise au balcon. Courageuse, et sous les huées, elle obtempérera et fera face à son peuple furibond accompagnée de ses deux enfants. Face à eux, une foule éructante, des faux et des pieux sont brandis. Marie-Thérèse a peur pour la vie de sa mère. La scène se termine, Marie-Antoinette en gardant son sang-froid a probablement évité le pire. La foule exige que la famille royale quitte Versailles pour le Palais des Tuileries. L’endroit dans lequel elle a grandi en compagnie de ses frères lui sera désormais interdit, et ce, pour le restant de sa vie. Le voyage est fort long, plus de 7 heures et tout le long du voyage, la voiture de la famille sera escortée par des hommes portant au bout de leurs piques, la tête des gardes massacrés. La famille royale restera aux Tuileries jusqu’au 20 juin 1791 et la tentative de fuite vers le nord.
Une fuite ratée aux terribles conséquences
Le 20 juin 1791, le roi sous l’impulsion de son épouse, et après de longs mois de tergiversations, décide de fuir Paris. En cela, il est aidé notamment par le comte de Fersen, ami très proche de Marie-Antoinette. La famille royale prend alors la fuite en direction du Nord de la France, déguisée pour ne pas être reconnue. Madame Royale se prénomme pour la circonstance Amélie et son frère, Aglaé. Mais l’entreprise échoue et la famille royale est arrêtée à Varenne. Le trajet de retour dura quatre jours d’un calvaire absolu. Le convoi est accompagné par une cohorte de haine dispensée par des sujets du roi. Il sera même dit que c’est le retour du char funèbre de la monarchie. Sans aucune retenue, un homme a même craché sur le roi. La fillette assiste, en compagnie de son jeune frère, à cette scène et pense alors que sa famille et elle-même vont périr sur ses routes. Le 20 juin 1792, elle assiste à l’invasion des Tuileries. Ses parents sont séparés, elle demeure avec sa mère, son frère et sa tante. Comme au zoo, la foule va défiler aux Tuileries en injuriant la famille royale. Marie-Thérèse de France va alors fuir avec ses parents à l’Assemblée Nationale où elle assiste à la suspension du roi et à la sentence d’emprisonnement des siens dans la prison du Temple. Il n’y a plus que haine et dévastation autour d’elle, mais la promiscuité liée à l’emprisonnement va rapprocher de manière irréversible la famille royale. Louis XVI lui dispense des cours de géographie, elle demeure encore avec ses deux parents, sa tante et son frère, mais le climat va très vite se dégrader et les restrictions croîrent. Marie-Antoinette et Louis XVI vont faire preuve d’une dignité à l’égard de leurs enfants absolument remarquable. Ils vont s’employer à les protéger autant qu’ils vont le pouvoir, tentant de les rassurer, mais hélas le tournant irrémédiable de l’histoire va être amorcé lors du procès de Louis XVI qui s’ouvre le 10 décembre 1792. Elle ne reverra son père qui sera condamné à mort, que le soir des adieux, le 20 janvier 1793. Ceux-ci sont d’autant plus déchirants que le roi va alors demander à ses enfants de ne jamais vouloir venger sa mort.
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Une vie douloureusement seule
Marie-Thérèse s’évanouit de chagrin lorsque son père les quitte. Le lendemain matin, se sont les coups de canon qui apprennent à la reine, à Madame Elisabeth, au Dauphin de France et à Marie-Thérèse, la mort de leur mari, frère et père. Pour Danton, Marat ou Robespierre, le désormais Louis XVII est devenu un problème politique délicat. Si l’on peut tuer un roi, on ne tue pas un enfant mais on veille à le faire éduquer par un sans-culotte afin d’en faire un bon citoyen. Le 3 juillet 1793, le petit Louis-Charles est arraché de la cellule familiale dans laquelle il vivait avec les femmes de sa vie pour être emprisonné, seul, dans une cellule de la prison du Temple. Malgré la virulence de la résistante de Marie-Antoinette, Madame Elisabeth et Marie-Thérèse, l’enfant leur est arraché et descend d’un étage ce qu’elles ignorent, où le cordonnier Simon va tenter d’en faire un honnête citoyen. Le 2 août 1793, s’ouvre le procès de Marie-Antoinette. C’est la première fois de sa vie que Marie-Thérèse est séparée de sa mère. Le 16 octobre, Marie-Antoinette laisse un message à l’attention de ses enfants dans son livre de prières, le dernier car elle meurt ce même jour à 12h15. Marie-Thérèse reste avec Madame Elisabeth qui explique à sa nièce comment survivre. Elle lui inculque une routine pour survivre en accomplissant des taches du quotidien, nettoyer sa cellule, se préparer, marcher, bouger. Mais les deux femmes vont bientôt être séparées et Madame Elisabeth va être à son tour guillotinée sans que sa nièce, de qui elle fut séparée, ne le sache. Plus tard, des gardes pénètrent dans sa cellule, c’est le lendemain de l’exécution de sa tante. Ils sont accompagnés d’un homme mutique, qu’elle juge plus important que les autres à qui elle demande, comme elle fait chaque fois que l’occasion lui est donnée, des nouvelles de sa famille. Celui-ci la regarde avec dédain, ne répond pas et se retire. Dans ses mémoires, elle dira que c’était probablement Robespierre lui-même. Elle n’a que 15 ans et elle est désormais seule au monde. La chute de Robespierre entraîne un changement dans la société et dans l’administration de la prison du Temple. Ses geôliers changent, mais elle demeure prisonnière et ignore que son petit frère est en train de mourir à l’étage en dessous. Marie-Thérèse devient alors un personnage secondaire de la famille royale, et quelques voix se font entendre pour que celle-ci soit libérée. Elle va avoir une nouvelle dame de compagnie en la personne de Madeleine de Chanterenne pour les usages et le respect dus au rang de la prisonnière ne sont pas de vains mots. Marie-Thérèse ne lui posera tout d’abord aucune question sur le sort de sa famille tant elle est devenue mutique et sauvage. Mais celle qu’elle appellera bientôt Reinette va redonner quelques allants à la jeune fille. Ainsi, elle va lui réapprendre à lire, à parler, à tisser du lien. Demeure son statut, qui est une épine dans le talon de la France. Bientôt, une opportunité va apparaître. Alors que la France est en guerre avec l’Autriche, le pays natal de sa mère, elle va être échangée avec des prisonniers et la charge de l’annonce revient à Madame de Chanterenne. Celle-ci va donc apprendre à la jeune fille, le funeste sort réservé à sa famille.
Le 19 décembre 1795, Marie-Thérèse retrouve la liberté grâce au nouveau régime mis en place. Madame de Chanterenne va accompagner la prisonnière jusqu’à ce que celle-ci retrouver sa famille autrichienne. L’orpheline du Temple n’a plus famille en France qu’elle quitte pour rejoindre la terre de ses ancêtres. Arrivée sur les terres maternelles, elle est introduite à la cour de Vienne et retrouve certains anciens de la cour de France notamment Alex de Fersen, l’ami de sa mère. Marie-Thérèse sera toute sa vie durant loyale à la France et à ces futurs roi notamment Louis XVIII. Elle épousera le duc d’Angoulême, sans descendance.
En résumé :
- Une enfance royale sous les fastes de Versailles : Née en 1778, Marie-Thérèse Charlotte de France, dite Madame Royale, grandit au cœur de la cour de Versailles dans un environnement protégé. Fille aînée de Louis XVI et Marie-Antoinette, son éducation est encadrée par la reine elle-même, une pratique rare à l’époque. Cette enfance royale fastueuse contraste violemment avec les épreuves qui l’attendent à l’aube de la Révolution française.
- Versailles quittée pour les Tuileries : la fin d’une ère : La prise de la Bastille et la marche sur Versailles en octobre 1789 forcent la famille royale à s’installer aux Tuileries, sous pression populaire. Marie-Thérèse assiste à l’effondrement du monde monarchique auquel elle appartenait. Ce transfert marque le début d’une vie de captivité, d’exils et de ruptures, rompant définitivement avec son statut d’enfant privilégiée. Ce changement radical symbolise la fin de l’Ancien Régime.
- La fuite à Varennes, un tournant fatal : Le 20 juin 1791, la tentative échouée de fuite de la famille royale vers l’Est à Varennes accélère la déchéance de la monarchie. Accompagnant ses parents, Marie-Thérèse vit l’humiliation du retour sous les insultes de la foule. Cet épisode capital renforce le ressentiment populaire et mènera à l’arrestation et à l’emprisonnement de la famille royale dans la prison du Temple, symbole de leur chute.
- L’orpheline du Temple, seule survivante : Entre 1793 et 1795, Marie-Thérèse perd successivement son père, guillotiné, puis sa mère et sa tante. Séparée de son frère Louis XVII, enfermé à l’étage inférieur, elle reste la dernière survivante des Bourbons enfermés au Temple. À 15 ans, mutique et brisée, elle devient l’orpheline du Temple, figure tragique de la Révolution. Sa détention et son isolement constituent un épisode central de l’histoire monarchique française.
- Exil, loyauté et transmission historique : Libérée en décembre 1795, Marie-Thérèse est échangée contre des prisonniers autrichiens. Elle quitte définitivement la France pour rejoindre la cour de Vienne. Fidèle à la mémoire de ses parents, elle demeure toute sa vie loyale à la monarchie, soutenant Louis XVIII et épousant le duc d’Angoulême, sans descendance. Sa vie d’exil et de devoir fait d’elle un témoin privilégié de la Révolution et une figure mémorielle majeure de l’histoire de France.
