Le monde du début 20e siècle n’existe plus, mais il aura été celui ayant accompagné les grands changements sociétaux. Les Etats-Unis ont vu arriver un jeune président la Maison Blanche, le début et la fin d’une guerre, l’érection d’un mur et sa chute sur le vieux continent, sans parler des luttes en faveur des égalités. Retour sur le miroir sans tain d’une époque.
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L’Amérique des années 1950-1960
Tout commence par une campagne de publicité pour une célèbre marque de cigarettes américaines, dans l’une des plus grandes agences, située en plein centre de Manhattan à une époque où fumer n’est nullement proscrit, voire même encouragé. L’agence de publicité est dirigée par des hommes, dans une société d’hommes et dans laquelle les femmes ont un rôle bien défini. Tous les protagonistes se tiennent à une place qu’il n’est pas aisé de quitter, la société toute entière cadenassée dans des règles établies et figées. Mais les guerres sont terminées et avec elles, les incertitudes inhérentes à celles-ci n’existent plus. Le désir de changement est profond dans cette Amérique où chacun peut écrire son histoire, quitte à la réécrire pour mieux repartir. La première saison plonge le spectateur au cœur de la campagne présidentielle américaine opposant Nixon à John Fitzgerald Kennedy avec en filigrane, l’American way of life.

Le travail, cet univers masculin
Erigées en modèles de féminité, les femmes de la série sont secrétaires et appartiennent à une classe sociale modeste pour les unes, et restent au foyer à s’occuper de leur maison, de leurs enfants, elles ne travaillent pas, elles s’occupent pour les autres. Lorsqu’elles arrivent au travail, elles ont pour principale mission de pourvoir à tous les désirs de leur supérieur (qu’ils soient physiques ou plus rarement intellectuels). Ainsi, ces messieurs sont les rois et doivent être traités comme tels, car c’est bien de cela dont il s’agit. L’une des plus grandes perspectives des femmes est incontestablement le mariage, sauf pour un certain nombre d’entre elles au premier rang desquelles, Peggy, arrivée en tant que secrétaire qui, au prix d’un travail acharné et d’un enchaînement de circonstances va gravir les échelons dans un milieu hostile, où les jeunes loups sont affamés. Des sacrifices, elle va en faire et paiera un prix très élevé pour satisfaire à ce mode de vie qui s’offre à elle. Il n’y a pas de place pour les différences, quelles qu’elles soient.
Une société codifiée en mutation
La ségrégation fait rage et la lutte pour l’égalité des droits est en marche, les femmes s’émancipent, les couples divorcent, les hommes reviennent de Corée brisés et c’est tout un pan de la société qui s’effondre pour mieux se reconstruire. Dans cette série, on fume, on boit, on trompe. Si au début de celle-ci, ce comportement ne pose aucun problème voire est même encouragé, au fil du temps, les mentalités changent. Marilyn Monroe meurt. JFK et Martin Luther King également. La modernité entre de plein fouet dans les foyers américains et l’on assiste à cette transformation. Si à la fin des années 1950, les femmes élevant seules leurs enfants sont réprouvées sans autre jugement que la bien-pensance, la progression des mentalités se traduit par les jingles bien connus qui accompagnent ces bouleversements pour s’inscrire dans leur temps. La femme n’est plus un joli meuble, elle parle et réfléchit, les enfants ne sont plus une finalité et les plats cuisinés permettent de faire gagner du temps à celle ou celui qui travaille.
Des personnages charismatiques
Le mystérieux Don Drapper tout d’abord. Le héros américain par excellence. Vétéran de la guerre de Corée, traumatisé et taiseux sur cet épisode, la fraternité virile de ceux qui en sont revenus vivants et pour qui les limites n’existent plus vraiment. La mort rôde, il faut profiter de la vie parce que tout risque de s’arrêter du jour au lendemain. Il vit à la campagne dans l’état de New York avec son épouse Betty (une femme d’apparence parfaite, mais qui se révèle tourmentée par une vie qui ne la satisfait plus) et leurs trois enfants. Le couple est à l’image de la société des années 1950-1960, Don et Betty sont beaux, jeunes, en pleine santé et tout semble leur réussir. Roger Sterling est le supérieur puis l’associé de Don. Marié depuis deux décennies à Mona, leur fille décide de quitter le nid familial pour épouser le jeune homme qu’elle aime. Si la fidélité amoureuse n’est pas sa plus grande qualité, il demeure attaché à son épouse (je n’en dirais pas davantage). Pour équilibrer l’histoire, Peggy Olson qui entre comme secrétaire de Don et qui finit par intégrer l’équipe de créateurs et travaille sur des campagnes publicitaires. Enfin, pour parfaire ce tableau, Joan, chef des secrétaires et amante de Roger Sterling. Personnage charismatique, intelligente, vive qui, comme beaucoup, se retrouve mariée à un homme qui n’est pas vraiment celui qu’elle avait envisagé. C’est une radiographie du 20e siècle.
Cette série à l’esthétique léchée et aux dialogues qui peuvent apparaître aujourd’hui parfaitement inappropriés, plonge le spectateur dans une époque différente de la nôtre sans laquelle les avancées considérables n’auraient pu être réalisées. A regarder sans modération, pour toutes ces raisons et bien d’autres encore.
Arte, Mad Men, intégralité de la série disponible à la demande
En résumé :
- Amérique des années 1950-1960 : Une immersion dans l’American way of life au cœur de l’ère Kennedy et Nixon, marquée par une société patriarcale, des codes sociaux rigides et un monde publicitaire en pleine effervescence à Manhattan.
- Place des femmes et émancipation féminine : Des secrétaires cantonnées à un rôle domestique ou décoratif, mais aussi des trajectoires inspirantes comme celle de Peggy Olson, symbole de l’ascension professionnelle féminine dans un univers masculin.
- Lutte pour l’égalité et changements sociétaux : De la ségrégation raciale aux droits civiques, de l’émancipation des femmes aux mutations familiales, la série reflète les bouleversements qui transforment l’Amérique du milieu du XXe siècle.
- Personnages emblématiques et psychologie complexe : Don Draper, Roger Sterling, Betty, Joan… Des figures marquées par les traumatismes de guerre, les désirs inassouvis et les contradictions d’une époque en mutation.
- Esthétique et reconstitution historique : Une série culte au style vintage soigné, capturant les mentalités, les dialogues et l’ambiance visuelle d’un monde disparu mais fondateur des évolutions sociales contemporaines.
